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Juin 2010 - Changement climatique et biodiversité du plancton marin
en Atlantique Nord : quelles conséquences sur le cycle du carbone
?
Le réchauffement climatique des dernières décennies
s'est accompagné d'une augmentation de la biodiversité taxonomique
du plancton végétal et animal de l'océan Atlantique
Nord et d'une diminution de la taille moyenne de ces organismes. Ces résultats
ont été obtenus par un chercheur du Laboratoire d'océanologie
et de géosciences (CNRS/Université Lille 1/Université
du Littoral-Cote d'Opale, Wimereux) en association avec la Sir Alister
Hardy Foundation for Ocean Science (Plymouth) et le Laboratoire d'Océanologie
de Villefranche (CNRS/Université Pierre et Marie Curie). Les chercheurs
montrent que cette modification structurelle des systèmes biologiques
pourrait entraîner une altération du puits de carbone en
Atlantique Nord et une diminution de la présence des poissons subarctiques
tels que la morue. Ces travaux viennent d'être publiés dans
la revue des comptes rendus de l'académie nationale des sciences
des Etats-Unis (PNAS).
Aujourd'hui, les observations indiquent que 84% du réchauffement
du système planétaire a eu lieu dans les océans.
De nombreux résultats attestent déjà d'une réponse
des organismes marins vis-à-vis de cette augmentation de température.
Cependant, peu d'études ont été conduites sur les
conséquences du changement climatique global sur l'évolution
de la biodiversité marine à grandes échelles spatiales.
Le programme Continuous Plankton Recorder basé à Plymouth
en Angleterre suit tous les mois, depuis 1946, la présence et l'abondance
de près de 450 espèces planctoniques dans l'océan
Atlantique Nord. L'équipe dirigée par Grégory Beaugrand
du Laboratoire d'Océanologie et de Géosciences (CNRS/Université
Lille 1/Université du Littoral-Côte d'Opale, Wimereux) a
analysé les 97 millions de données issues de ce programme.
Les chercheurs se sont particulièrement intéressés
à la diversité taxonomique (1) de certains groupes clés
de phytoplancton, les dinoflagellés et les diatomées, et
de zooplancton, les copépodes qui assurent le transfert entre les
producteurs primaires (le plancton végétal) et les niveaux
trophiques supérieurs. Leurs analyses révèlent pour
la première fois que le réchauffement des températures
s'est accompagné d'une augmentation de la biodiversité de
ces groupes planctoniques dans l'océan Atlantique Nord et d'une
diminution de 25 à 33% de la taille moyenne des copépodes,
dont une centaine d'espèces peuple cette partie de l'océan.
La taille de ces organismes est en effet passée d'une moyenne de
3-4 mm à 2-3 mm dans certaines régions situées à
la limite entre les systèmes tempérés et polaires.
Les chercheurs se sont alors intéressés aux conséquences
de cette évolution surprenante. Ils ont ainsi montré que
la diminution de la taille moyenne des copépodes, qui assure le
transfert du dioxyde de carbone atmosphérique depuis la surface
jusqu'au fond des océans à travers la chaîne alimentaire,
pourrait induire une diminution, non encore quantifiable, du piégeage
du carbone atmosphérique par l'océan Atlantique Nord, lequel
contribue pour un quart au prélèvement total du carbone
atmosphérique par l'océan mondial. Cet affaiblissement du
puits de carbone dans l'océan Atlantique Nord viendrait alors s'ajouter
à celui prévu par les modèles biogéochimiques,
à savoir que l'augmentation de la température accroîtra
la stratification thermique de la colonne d'eau (2), ce qui rendra plus
difficile l'arrivée des sels nutritifs depuis les couches profondes
jusqu'à la surface et finalement provoquera une diminution de la
productivité marine. Ils ont également mis en évidence
une circulation plus rapide du carbone biogénique, d'organismes
à organismes à l'intérieur du réseau trophique,
traduisant une augmentation du métabolisme de l'écosystème,
ce qui est tout à fait cohérent avec le fait que plus un
organisme est petit, plus il se développe et meurt rapidement.
Enfin, en utilisant les données issues de modèles permettant
d'évaluer la probabilité de présence des morues en
fonction des caractéristiques de leur environnement, ils ont trouvé
une relation inverse entre la diversité taxonomique du zooplancton
et la probabilité de présence des morues. Ainsi, l'augmentation
de la diversité du zooplancton et la diminution de sa taille se
traduirait par une diminution de la présence des morues en Atlantique
Nord, un phénomène qui amplifierait l'effet de la surexploitation
par la pêche de ce poisson subarctique.
Cette étude révèle ainsi qu'une augmentation de la
biodiversité taxonomique, souvent vue comme avantageuse au sens
large du fonctionnement écosystémique, pourrait, si elle
est généralisable à l'ensemble de l'océan
mondial, altérer temporairement certaines fonctions importantes
pour l'homme, telles que la régulation du dioxyde de carbone et
l'exploitation des ressources marines. Cette augmentation, jamais constatée
à une aussi grande échelle spatiale, constitue l'empreinte
d'un bouleversement structurel profond des systèmes biologiques
en Atlantique Nord en réponse à l'augmentation des températures.
Notes :
(1) Les chercheurs ont mesuré cette diversité
en utilisant des indicateurs basés pour les uns sur le nombre d'espèces
et pour les autres sur leur abondance relative.
(2) L'océan est stratifié en couches thermiques qui sont
de plus en plus froides quand on va de la surface en profondeur. Suite
au réchauffement climatique la température augmente en surface
et accentue la différence de température entre couches profondes
et de surface.
Références :
Beaugrand G, Edwards M, Legendre L (2010) Marine biodiversity,
ecosystem functioning and carbon cycles. Proceedings of the National Academy
of Sciences of the United States of America, doi/10.1073/pnas.0913855107.
Contacts :
Chercheur CNRS
Grégory Beaugrand
T 03 21 99 29 38
gregory.beaugrand@univ-lille1.fr
Communication INSU-CNRS
Dominique Armand
T 01 44 96 43 68
dominique.armand@cnrs-dir.fr
Presse CNRS
Muriel Ilous
T 01 44 96 43 09 / 51 51
muriel.ilous@cnrs-dir.fr

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