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Mai 2010 - Comment le parasite responsable des formes graves de paludisme
résiste à un antipaludique majeur
Des chercheurs du CNRS, de l'Inserm et du CHU de Toulouse viennent de
démontrer comment le parasite Plasmodium falciparum, responsable
des formes graves de paludisme, est capable de contourner l'action de
l'artémisinine et de ses dérivés, qui figurent aujourd'hui
parmi les médicaments phare pour traiter cette maladie. Cette étude
fournit des informations majeures pour mieux appréhender les mécanismes
de résistance aux antipaludiques et pour tester de nouvelles stratégies
thérapeutiques, alors que la résistance des parasites aux
médicaments devient de plus en plus préoccupante. Publié
dans la revue Antimicrobial Agents and Chemotherapy de mai 2010, ce travail
a été réalisé en collaboration avec le National
Institute of Health (USA).
Le paludisme, pour lequel il n'existe aucun vaccin, tue encore
aujourd'hui près d'un million de personnes par an. Cette maladie
infectieuse est causée par un parasite du genre Plasmodium, et
propagée par la piqûre de certains moustiques. Plasmodium
falciparum est l'espèce la plus pathogène, responsable des
cas mortels. Représentant 80% des cas de paludisme humain, elle
est présente dans les zones tropicales d'Afrique, d'Amérique
Latine et d'Asie.
Depuis une dizaine d'années, l'artémisinine (ART), une substance
extraite d'une plante chinoise, est devenue le médicament phare
contre le paludisme, d'autant plus que les autres molécules ont
perdu de leur efficacité. Son action contre toutes les souches
de Plasmodium falciparum, y compris celles résistantes aux autres
antipaludiques, constitue le principal atout de l'ART. De plus, son activité
antipaludique est très rapide et elle possède peu d'effets
secondaires. Combiner l'artémisinine avec un autre antipaludique
réduit considérablement le risque d'apparition de résistance.
C'est pourquoi l'OMS préconise depuis plusieurs années d'utiliser
systématiquement ce composé et ses dérivés
en association avec d'autres agents antipaludiques. Les "associations
médicamenteuses comportant de l'artémisinine" (ACT
ou Artemisinin based Combination Therapies) constituent aujourd'hui le
traitement le plus efficace contre le paludisme (1), avec un taux de guérison
de 95%.
Cependant, en juillet 2009, les premiers cas de résistance à
l'artésunate, le dérivé de l'ART le plus utilisé
en ACT, ont été observés chez des patients en Asie
du Sud-Est. Il s'avère donc primordial de cerner comment Plasmodium
falciparum agit pour contourner l'action de l'ART et de ses dérivés.
C'est pourquoi l'équipe de Françoise Benoit-Vical, chargée
de recherche Inserm au sein du Laboratoire de chimie de coordination du
CNRS (2), a cherché à isoler de manière expérimentale
des souches résistantes à l'ART. Cette prouesse a été
accomplie fin 2009 lorsque les scientifiques sont parvenus à sélectionner
une souche de Plasmodium falciparum résistante à ce composé
et à certains de ses dérivés, la première
qui soit adaptée à la culture in vitro. Poussant plus loin
leurs investigations, les scientifiques ont démontré que
cette souche ART-résistante est capable de survivre en présence
d'ART à une dose 7 000 fois plus élevée que la dose
moyenne efficace sur les souches sensibles. De plus, cette souche obtenue
expérimentalement partage des caractéristiques avec les
souches résistantes sur le terrain.
Les chercheurs ont également identifié et caractérisé
un nouveau mode de résistance du parasite. Pour déjouer
l'action de l'ART, Plasmodium falciparum se met en « pause »,
dans un état dit de « dormance » (3). Il tourne alors
au ralenti jusqu'à l'élimination du médicament. Cette
capacité d'« hibernation » ne s'observe que pour les
parasites au stade « ring » (4). En parallèle, une
analyse menée avec une équipe du National Institute of Health
suggère que l'expression de certaines protéines impliquées
dans le cycle de Plasmodium falciparum serait modifiée au sein
des souches résistantes. Des études complémentaires
vont être menées pour identifier les gènes responsables
de l'acquisition de résistance à l'ART.
Les scientifiques ont ainsi pu démontrer un mécanisme de
résistance original et disposent désormais d'un outil majeur
pour mieux comprendre les mécanismes de résistance aux antipaludiques
mais également pour tester différentes solutions thérapeutiques
(nouvelles molécules, nouvelles associations thérapeutiques,
nouvelles cibles…).
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© LCC
Différents stades de Plasmodium falciparum à l'intérieur
de globules rouges. |
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© LCC
Stade « ring » de Plasmodium falciparum impliqué
dans l'état de dormance. |
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les visuels (merci de respecter légendes et copyrights).
Notes :
(1) 160 millions de doses d'ACT ont été administrées
pour traiter le paludisme en 2009.
(2) Rattachée à cette unité propre de recherche du
CNRS, l'équipe est localisée dans le service parasitologie-mycologie
du CHU de Toulouse.
(3) On parle également d'un état de quiescence.
(4) Premier stade du cycle parasitaire dans les globules rouges
Références :
Increased tolerance to artemisinin in Plasmodium falciparum
is mediated by a quiescence mechanism. Witkowski B, Lelièvre J,
López Barragán MJ, Laurent V, Su XZ, Berry A, Benoit-Vical
F. Antimicrobial Agents and Chemotherapy. Mai 2010.
Contacts :
Chercheur
Françoise Benoit-Vical
T 05 61 32 34 46
Francoise.Vical@inserm.fr
Presse CNRS
Priscilla Dacher
T 01 44 96 46 06
priscilla.dacher@cnrs-dir.fr

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