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Mars 2010 - Chikungunya : du nouveau sur la maladie
Des chercheurs du CEA(1), de l'Université Paris-Sud 11, de l'INRA(2)
et de l'Ecole nationale vétérinaire de Nantes-Oniris, avec
la collaboration de partenaires de l'IRD, du CNRS, et des universités
de la Méditerranée et de Paris Descartes, viennent de décrypter
certains mécanismes de la pathologie du Chikungunya(3) grâce
à un modèle animal particulièrement représentatif
de ce qui se passe chez l'Homme. Les chercheurs ont montré pour
la première fois que les macrophages(4) sont le siège de
la conservation du virus dans l'organisme, suggérant leur rôle
dans la persistance des symptômes observés plusieurs mois
après la phase aiguë de l'infection. Ces travaux, publiés
online par la revue Journal of Clinical Investigation, ouvrent des pistes
pour le développement de thérapies, aussi bien préventives
que curatives, pour cette pathologie qui représente un véritable
enjeu de santé publique.
Entre 2005 et 2006, près de 300 000 cas de Chikungunya
ont été recensés sur l'Ile de la Réunion,
ce qui correspond à 38 % de la population. Près de 2 200
patients ont dû être hospitalisés et 250 sont décédés.
À ce jour, il n'existe aucun vaccin ou traitement spécifique
de l'infection chez l'Homme. L'émergence récente, ou la
réémergence, du virus responsable du Chikungunya en Inde
et dans les îles de l'Océan Indien, rend urgente la nécessité
de mieux comprendre cette maladie afin de trouver ensuite les moyens de
la prévenir.
Comprendre les mécanismes de mise en place de la maladie (pathogénèse)
est particulièrement difficile chez l'Homme. D'une part parce qu'il
est impossible d'obtenir des échantillons biologiques pertinents,
comme les tissus profonds (foie, rate…) dans lesquels le virus se
réplique et, d'autre part, du fait de la multiplicité des
antécédents médicaux et des maladies chroniques des
patients. En effet, les cas les plus sévères de Chikungunya
sont plus fréquents chez des patients âgés et fragilisés
par d'autres pathologies préexistantes (cardiaques, rénales
et hépatiques…). Comment alors trouver le virus dans l'organisme,
caractériser ses interactions avec les cellules de l'hôte
dans leur contexte tissulaire, comprendre les mécanismes de défense
que l'individu met naturellement en place et discriminer les atteintes
dues spécifiquement au virus de celles déjà existantes
liées à d'autres pathologies? Quelques éléments
de réponse sont apportés par des modèles de l'infection
développés chez les rongeurs. Ces modèles, qui font
appel à des animaux soit nouveaux nés, soit adultes mais
dépourvus de défenses naturelles du fait de modifications
génétiques, ne sont que très partiellement représentatifs
de ce qui se passe chez l'Homme. De plus, ils sont généralement
inappropriés pour tester un vaccin ou un traitement.
Forts de leur expérience sur la pathogénèse du Sida,
les chercheurs ont développé un modèle de la maladie
chez des macaques cynomolgus adultes ayant un système immunitaire
fonctionnel et une physiologie très similaires à ceux de
l'Homme. Ils ont montré que ces animaux, infectés par le
virus du Chikungunya isolé chez les patients au cours de l'épidémie
de l'Ile de la Réunion, présentent toutes les caractéristiques
virologiques et cliniques observées chez l'Homme. Ils ont mis en
évidence certaines caractéristiques propres de la pathologie
comme des atteintes du foie en phase aiguë. Mais la découverte
la plus marquante est le fait que ce virus infecte, notamment, des cellules
impliquées dans les premières étapes des mécanismes
de défense de l'organisme : les macrophages et les cellules dendritiques.
Ces cellules peuvent héberger le virus plusieurs mois et possèdent
également la propriété d'infiltrer des tissus comme
les articulations, les muscles, les organes lymphoïdes et le foie.
Ceci peut expliquer les symptômes typiques de cette maladie, comme
les douleurs musculaires et articulaires très invalidantes observées
à long terme chez les patients. Les macrophages infectés,
mis en évidence par les auteurs de cette étude, représentent
donc une cible potentielle pour le développement de nouvelles thérapies
pour les atteintes chroniques.
Ces résultats, qui permettent de mieux comprendre les mécanismes
conduisant à la maladie, constituent une étape importante
dans le processus de l'innovation en thérapeutique. Les chercheurs
du CEA disposent maintenant des outils qui permettent de tester de nouveaux
traitements en laboratoire. Ceci est essentiel puisque les traitements
actuels à la disposition des médecins sont uniquement symptomatiques.
Enfin, la portée de ces observations pourrait certainement dépasser
le cadre du Chikungunya. La persistance des virus dans les macrophages
et les cellules dendritiques pourrait être un phénomène
commun à plusieurs virus de la même famille, les arbovirus,
transmis par les arthropodes.
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© CEA
Modalités d'infection par le virus et symptômes associés |
Notes :
1) Service d'immuno virologie de l'Institut des maladies émergentes
et thérapies innovantes (iMETI), Direction des sciences du vivant
du CEA, Fontenay-aux-Roses.
2) UMR 703 INRA /Ecole nationale Vétérinaire, Agroalimentaire
et de l'Alimentation Nantes Atlantique - Oniris
3) Chikungunya : maladie infectieuse tropicale, due à un alphavirus
(noté CHIKV, pour Chikungunya virus) transmis par des moustiques
du genre Aedes.
4) Macrophages : cellules du système immunitaire.
Références :
Chikungunya disease in nonhuman primates due to long-term viral
persistence in macrophages. K. Labadie, T. Larcher, C. Joubert, A. Mannioui,
B. Delache, P. Brochard, L. Guigand, L. Dubreil, P. Lebon, B. Verrier,
X. de Lamballerie, A. Suhrbier, Y. Cherel, R. Le Grand, and P. Roques.
Journal of Clinical Investigation, online, 2010.
Contacts chercheurs :
Pierre Roques
01 46 54 91 67
pierre.roques@cea.fr
Roger Le Grand
01 4 54 87 57
roger.legrand@cea.fr
Thibaut Larcher
02 40 68 78 74
thibaut.larcher@oniris-nantes.fr
Yan Cherel
02 40 68 76 56
yan.cherel@oniris-nantes.fr
Contact presse :
CEA : Damien Larroque
01 64 50 20 97
damien.larroque@cea.fr
CNRS : Cécile Pérol
01 44 96 43 90
cecile.perol@cnrs-dir.fr

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